Tous les possesseurs d’ordinateur utilisent constamment des polices de caractères, que ce soit pour écrire des mails, rédiger des documents Word, faire une invitation à un goûter d’anniversaire, etc. Nous autres, graphistes, à plus forte raison : nous mettons en page quotidiennement du texte, en faisant des tests avec différentes typos, en les retravaillant, en les déformant ; sans elles nous somme privés de notre principal outil de travail.

Pourtant, les règles d’utilisation de ces typos sont très mal connues, même pour les graphistes expérimentés. Quotidiennement des fontes sont envoyées entre graphistes et clients, entre clients et graphistes, ou entre graphistes eux-mêmes. Il est devenu tellement habituel de ne pas payer pour utiliser une fonte, que beaucoup ne savent même pas qu’ils sont en infraction. Et lorsqu’on se retrouve dans un cas où une typo particulière doit être achetée, on ne sait pas comment réagir.

Remarque préliminaire : il n’y a pas de règles absolues

Les polices appartiennent à des fonderies (Monotype, Adobe Type, Letraset ou Bitstream pour citer les plus importantes, mais il en existe des dizaines d’autres). Chacune sont indépendantes et élaborent leurs propres règles. Pour chaque typo, il faut bien lire le contrat de licence. Cette mise en garde posée, de nombreuses règles sont communes aux EULA (End User Licence Agreement), et c’est sur elles que je me fonde pour écrire cet article.

Les typos sont des logiciels

En réalité, on n’achète jamais une typo. On acquiert une licence d’utilisation d’une typo.

Comme expliqué dans un article précédent, ce qu’on appelle « typos » sont des logiciels, exactement comme Photoshop ou Word. Lorsqu’on achète ces logiciels, on acquiert en fait le droit de les installer sur son ordinateur et des les utiliser. Par exemple, si vous voulez créer pour un client une affiche avec un texte composé en Garamond, vous devez avoir acheté cette typo pour faire cette affiche. Le client adore l’affiche et voudrait que vous lui fournissiez le fichier source avec la Garamond : vous ne ne pouvez pas ! Il doit lui-même l’acheter pour pouvoir l’installer sur son ordinateur.

La réponse à la question du titre est donc simple : vous voulez utiliser une typo sur votre ordinateur ? Vous devez avoir acquis la licence d’utilisation.

Oui, mais c’est cher !

Certes. Mais dessiner et publier une belle typographie, utile, originale et lisible, est un énorme travail, très subtil, qui prend en général plusieurs années. Quand on songe à l’investissement que cela représente pour le créateur et l’éditeur, le prix que l’on paye n’est pas si élevé que cela.

Il y a des solutions peu onéreuses : lorsque l’on achète la suite CS et un Mac, nécessaires de toute façon, il y a déjà un certain nombre de typos incluses qui forment un bonne base professionnelle (avec une Garamond, Caslon, Helvetica Neue et Myriad on peut déjà aller loin).

Certains designers de typos proposent même leurs créations, parfois d’excellente qualité, en Open Source, gratuitement, pour un usage aussi bien personnel que commercial (par exemple).

De plus, il est tout à fait possible d’acheter des packs typos, qui contiennent la plupart des polices dont on peut avoir besoin. Un pack à 3000€ (sans donner de nom) peut sembler très cher, mais lorsqu’il contient 2300 typos, ça ne l’est finalement pas tant que cela : si on devait acheter individuellement chaque police à 30€ (disons comme prix moyen), cela reviendrait à 69 000€ !

Cela dit, posséder des milliers de typos ne sert pas à grand-chose. Au quotidien, un graphiste chevronné se rend vite compte qu’il n’utilise en général pas plus d’une dizaine de police. Comme le dit Robert Bringhurst (ou Robert Slimbach, je ne sais plus !) il vaut mieux posséder une belle typo complètement fonctionnelle que des centaines de typos pourries (je paraphrase).

Enfin, acheter des polices fait tout simplement partie des charges que l’on doit prévoir, au même titre que notre matériel informatique ou nos logiciels. C’est un budget à prendre en compte, car c’est un outil tout à fait vital à notre profession.

Bon, mais si un client insiste pour que j’utilise une typo, que je trouve moche et que je n’utiliserai que cette fois-là ?

En principe cela ne retire rien au fait que vous devez quand même avoir acquis le droit d’utiliser cette typo sur votre ordinateur. Vous pouvez lui expliquer que vous n’avez pas cette police et lui en suggérer une autre que vous préférez et dont vous avez acquis la licence. S’il insiste pour que vous utilisiez cette typo, vous pouvez prévoir ce genre de coûts de façon général dans votre tarif.

Pour d’autres infos, vous pouvez consultez le forum des typographes, animé notamment par Jean-François Porchez. Celui-ci résume d’ailleurs très bien en deux paragraphes la nuance entre droits et usages d’une fonte. Également, pour commencer, un thread en anglais sur comment débuter une collection de polices sans avoir un gros budget, sur le site Typophile : On Goin’ Legit.